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L’urbanisme durable

Essai : LE GRAND PARIS APRÈS L’EFFONDREMENT - Pistes pour une Île-de-France biorégionale

Cet ouvrage à l’initiative du "Forum Vies Mobiles", le think tank de la mobilité soutenu par SNCF, propose avec l’Institut Momentum une vision de l’Île-de-France en 2050.
Ses trois auteurs ont imaginé le scénario suivant : Nous sommes en 2050. L’Ile-de-France a subi une fragmentation forcée résultant du Grand Effondrement. À partir de 2021, les effets du dérèglement climatique sont devenus de plus en plus perceptibles, obligeant une partie de la population francilienne, la plus aisée, à quitter la région.
En raison d’une crise économique liée à l’interruption erratique des flux de la mondialisation, la carte des activités a dû être redessinée et la capacité d’autoproduction renforcée. La vie quotidienne a retrouvé une forme de convivialité de proximité, à base d’entraide et de solidarité.
Les hypermarchés ont disparu, démontés pour récupérer le fer et l’aluminium. Le périphérique a été couvert de verdure et transpercé de radiales cyclistes et pédestres qui conduisent aux biorégions limitrophes. La fin des moteurs thermiques, liée à la pénurie de pétrole et à des décisions politiques, a induit une atmosphère nouvelle. L’ozone atmosphérique et les microparticules ne polluent plus l’air. Les cyclistes peuvent pédaler sans s’étouffer.

Un scénario vertueux "ou presque".

Inspirés par l’exemple concret de collectivités post-pétrole telles que San Buenaventura en Californie, Bristol et Birmingham en Angleterre, Agnès Sinaï, Yves Cochet et Benoît Thévard adoptent une approche globale, systémique et holistique pour leur travail de scénarisation : leur idée est de transformer et de réorganiser le territoire régional autour de milieux de vie locaux, les biorégions. Pour cela, ils ne se contentent pas d’utiliser la méthode du backcasting. Ils intègrent plusieurs ruptures fondamentales au cours des années à venir, pour imaginer une Île-de-France où l’automobile aura disparu ou presque, qui sera plus résiliente – ni trop spécialisée, ni trop redondante –, de façon à tendre vers une organisation humaine viable, réellement durable, voire désirable.

Si ce genre de scénario est toujours alléchant pour son versant vertueux, le "ou presque" est l’arbre qui cache la forêt de toute la difficulté de l’exercice : Que et Qui se cache-t-il derrière ce "ou presque" ?
Le "ou presque" signifie l’exception et donc renvoie d’un côté à des règles de vie et habitudes spécifiques et contraignantes qui organisent le tout, et de l’autre à l’idée d’une transgression de ces mêmes règles avec ce "presque" par un groupe (voire d’une élite) qui s’en affranchit et/ou jouit de passe-droit justifié ou non (ici avec l’exemple de la voiture mais on peut aussi l’appliquer à l’alimentation, l’accès à l’énergie,...).
C’est la fragilité de toute politique que de s’organiser avec des exceptions, qui contrairement au proverbe "ne confirment pas la règle" en démocratie mais ne font que de la rendre injuste.
En revanche c’est tout le sel d’un scénario que d’introduire dans la narration ces exceptions qui sont autant d’artifices qui lui donnent du relief et de la vie.
C’est donc probablement l’envie de découvrir ces situations d’exception qui pousseront les lecteurs à se procurer cet ouvrage disponible en librairie dès aujourd’hui, jeudi 20 août.

AGNÈS SINAÏ - YVES COCHET - BENOÎT THÉVARD, LE GRAND PARIS APRÈS L’EFFONDREMENT - Pistes pour une Île-de-France biorégionale, 145 pages -
Collection semi-poche - Diffusion et distribution : BLDD : 10 €

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